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SUR PRESSAC

Histoire de la nuit ou du brouillard?

Par Serge Thion



<< Historien de la nuit >> nous dit Le Monde, en présentant les travaux d'un << amateur >>, pharmacien le jour [1]. L'un des plus constants reproches adressés il y a une douzaine d'années aux révisionnistes, celui d'être des << historiens amateurs >> est soudainement présenté comme une qualité qui garantirait la valeur de la thèse ainsi promue par la presse. C'est la réponse définitive aux révisionnistes. Je n'aurai pas la cruauté de rappeler qu'elle s'inscrit dans une longue liste de << réponses définitives >> qui ont joué sur divers registres, depuis les grands procès des années 1980-82, en passant par le livre d'un grand témoin (<<Trois ans dans les chambres à gaz >> !) ou la magistrale oeuvre cinématographique de l'excellent Lanzmann.

Pressac lui-même a déjà été présenté à plusieurs reprises comme l'ultime pourfendeur, celui par qui l'herbe ne repousserait plus sous les pieds de Faurissson. Il était apparu à la Sorbonne, lors d'un colloque de 1983 (qui devait déjà régler la question) sous le haut patronage de la Haute Conscience morale de notre temps, j'ai nommé le doctissime chevalier blanc Vidal-Naquet. Comme il s'agissait de problèmes techniques et matériels, auxquels le prodigieux helléniste ne comprend pas grand chose, il avait refilé Pressac à un autre destructeur définitif du révisionnisme, un chimiste très méconnu nommé Wellers qui avait publié un article de Pressac, après moult hésitations, dans les pages d'une sainte et irréfutable revue, nommée Le Monde juif (juillet-septembre 1982). C'est là que Pressac allait développer la théorie dite du << gazouillage >>, qui abandonnait la présentation canonique jusque là en vigueur, pour dire que des gazages, certes, il y en avait eu, mais moins qu'on ne l'avait dit et qu'il fallait tout réviser à la baisse. L'effet Pressac ne s'était guère fait sentir. Il fallait d'autres moyens. C'est ce qu'allait fournir le consortium médiatique de la famille Klarsfeld. Pressac pondit un texte définitif. Dans ses recherches aux archives, il n'avait certes pas trouvé de preuve définitive du fait que les nazis avaient installé une industrie de la mort à Auschwitz, mais il avait trouvé un certain nombre de traces, d'éléments de présomption, comme on dirait devant un tribunal. L'ouvrage comportait des centaines de plans, de photos, de documents provenant des services techniques d'Auschwitz, placés, comme on le sait, sous l'administration des SS. Pour rendre cet énorme paquet mal ficelé plus convaincant, les Klarsfeld organisèrent la non-diffusion de l'objet. Traduit en anglais, édité à New York, il n'était pas vendu, ni même distribué à qui en faisait la demande. Offerts à quelques << responsables communautaires >> et << leaders d'opinion >>, il devait accréditer, par son existence impalpable et quasi mythique, l'idée que la Réponse existait, qu'elle avait été fournie une fois pour toutes.

Les révisionnistes n'eurent aucun mal à se procurer cette prose que manifestement ni Vidal-Naquet ni Klarsfeld n'avaient lu de près. Sinon ils y auraient relevé un certain nombre d'étrangetés et d'incohérences qui leur aurait fait douter d'avoir enfourché le bon cheval.

On fit encore donner Pressac contre le rapport Leuchter, ce rapport d'un spécialiste américain de la construction des chambres à gaz qui, après avoir étudié les lieux et effectué des prélèvements dans les parois des locaux présentés comme des chambres à gaz, avait conclu à l'impossibilité de gazages massifs et répétés.

C'est donc pour la quatrième fois que nous allons avoir l'argument définitif. Cette fois-ci, Pressac a encore changé de patronage et se situe cette fois sous l'aile protectrice de Bédarida, un historien officiel, longtemps directeur d'un certain << Institut du Temps Présent >>, qui s'était signalé par sa participation à un << jury >>, où siégeait son éminent confrère Harlem Désir, qui avait décrété, sans la lire, que la thèse de Roques ne valait pas un pet de lapin. Du haut de ce magistère, Bédarida, dont les travaux ne sont pas autrement connus, avait aussi rédigé un petit catéchisme qui, distribué à tous les professeurs d'histoire de France et de Navarre leur avait fourni la matière de ce qu'il convenait d'enfourner dans les petites têtes des élèves des écoles. Devenu ainsi familier des gros tirages, l'héroïque Bédarida était venu, au cours de l'été 1992, dans les colonnes du Monde, réviser à la baisse les chiffres d'Auschwitz, sans penser d'ailleurs qu'il aurait fallu expliquer pourquoi ces chiffres étaient ainsi révisés, et affirmer que non pas 4, mais 1,1 million de personnes avaient péri à Auschwitz. Et, ajoutait Bédarida, toujours soucieux, on n'a pas encore été voir aux archives. Il n'expliquait d'ailleurs pas non plus pourquoi depuis 45 ans on n'avait pas été voir aux archives. C'est alors que Pressac dérida Bédarida.

Voilà donc ce phare de la pensée historique qui cautionne aujourd'hui Pressac, avec quelques autres chats-fourrés de son espèce. La caution n'est pas négligeable puisque l'ouvrage est publié par le Centre National de la Recherche Scientifique. Pour obtenir ce label de prestige, il a fallu qu'une commission ad hoc soit saisie d'un rapport scientifique, rédigé par des spécialistes. On aimerait beaucoup lire ce rapport.

Que dit le livre de Pressac ? Il apporte la preuve formelle que les Allemands ont construit des fours crématoires. Bien évidemment, il n'y a que des journalistes pour croire, ou affecter de croire que les révisionnistes nient l'existence des fours crématoires ou des camps de concentration. Ces crématoires sont connus et répertoriés depuis 1945. La question était de savoir s'ils dissimulaient des installations secrètes pour pratiquer l'homicide de masse. Pressac, qui a donc épluché les dizaines de milliers de documents laissés par le service de construction du camp d'Auschwitz, est absolument affirmatif sur le fait que ces installations, telles qu'elles ont été conçues au départ, ne témoignaient d'aucune intention homicide et qu'il s'agissait de faire face aux problèmes sanitaires d'une mortalité assez élevé dans les camps, surtout après le début de la guerre, problèmes liés aux explosions épidémiques qui pouvaient faire des ravages, non seulement chez les concentrationnaires, mais aussi chez les Allemands, ou même déborder des camps. Dans ce contexte, les crématoires n'avaient pas de valeur philosophique mais contribuaient à la santé publique, des détenus comme des autres.

En examinant dans le détail les échanges de correspondance entre les services de la construction d'Auschwitz et les firmes civiles qui recevaient des contrats pour des travaux spécifiques, Pressac est ainsi à même de nous fournir une histoire détaillée (et, ajoutons-le, totalement fastidieuse) des différentes phases des travaux de construction des différents crématoires, y compris les multiples changements d'avis des patrons SS du service de construction, qui n'avaient évidemment aucune espèce de vue à long terme et qui dépendaient étroitement de supérieurs qui formulaient de grands projets pour Auschwitz sans trop se soucier des problèmes d'intendance que ces pauvres diables de sous-officiers devaient résoudre sur le terrain. Dans ces milliers de documents, où rien n'est secret, où n'interfèrent presque pas les << politiques >> de la SS, qui sont répartis entre l'Allemagne, la Pologne et Moscou, documents qui ont été laissé intacts à la fin de la guerre, le chef du service ayant << négligé >> de les détruire, on ne trouve pas un seul document qui fasse état de l'utilisation de ces locaux à des fins de meurtre de masse. Rien. Pressac n'offre aucune explication de ce fait étrange. Certes, après d'autres, il affirme que la référence, que l'on trouve dans quelques documents à des << actions spéciales >> désigneraient de façon codée l'existence de cet énorme forfait. Mais les documents lui imposent aussi de dire que d'autres << actions spéciales >> désignent de tout autres activités, fort banales, et que le terme << spécial >> (sonder-) est mis à toutes les sauces dans le vocabulaire militaro-administratif de l'Allemagne de cette époque.

La grande valeur du travail de Pressac serait donc dans l'épluchage quasi exhaustif des documents concernant la construction des crématoires, le lieu et l'instrument présumé du crime. Comme dans ses ouvrages précédents, il relève des << traces >> d'intentions criminelles. Il en a d'ailleurs beaucoup abandonné en chemin. Ce qu'il présentait comme des << traces >> en 1989, n'apparaît plus dans le livre de 1993. Il note par exemple que les SS ont voulu faire installer des systèmes d'aération et de ventilation dans les morgues souterraines des crématoires, ce qui prouverait l'intention de les utiliser à des fins criminelles. Pressac en est si convaincu qu'il n'envisage même pas d'autres explications, qui se proposeraient à des esprits moins prévenus, comme, par exemple, le besoin, en cas d'épidémie de typhus, de désinfester les morgues par le Zyklon-B, utilisé partout dans le camps pour désinfester les vêtements, les baraques, etc. Il croit tenir une autre trace de crime dans le fait qu'on aurait, dans ce système de ventilation, installé un ventilateur en bois, donc plus résistant à la corrosion de l'acide cyanhydrique qu'un objet en métal. Et puis, quelques jours plus tard, l'ingénieur fait remplacer ce ventilateur en bois par un autre, en métal. Il affirme aussi que << la preuve définitive >> de l'existence d'une chambre à gaz homicide dans le crématoire II se trouve dans un document de mars 1943, cité p. 72 (doc. 28), qui montre que les services d'Auschwitz étaient à la recherche de détecteurs de gaz capables de déceler les traces d'acide prussique. Mais comme il a expliqué auparavant que ces services utilisaient des << tonnes >> de Zyklon-B à des fins de désinfestation, la preuve n'apparaît pas comme particulièrement probante.

80.000 documents. C'est le nombre qu'il cite dans son entretien avec le Nouvel Observateur. Ces 80.000 documents, consultés en quelques jours à Moscou, concernent, si j'ai bien compris, exclusivement, la Bauleitung, le service des constructions de la SS d'Auschwitz. Une service parmi beaucoup d'autres, donc. Mais celui qui aurait eu la responsabilité de concevoir et de construire les fameux << abattoirs industriels >> dont on nous a beaucoup parlé. On pourrait s'étonner de voir des installations pareilles confiées aux mêmes petits fonctionnaires qui s'occupent des baraquements, des boulangeries, des voiries, etc. Aucun secret, aucune précaution particulière puisque ces petits fonctionnaires n'hésitent pas à sous-traiter avec des firmes privées, desquelles on ne demande d'ailleurs aucune discrétion particulière. Cela s'explique, comme le montre abondamment Pressac, par le fait que ces installations n'ont pas été conçues dans un but meurtrier, mais, tout au contraire, comme des moyens de contrôler la santé publique localement.

La situation est très claire : de ces 80.000 documents, dont une partie seulement concerne les crématoires, pas un seul ne concerne explicitement une installation meurtrière. Sinon, ce document aurait été brandi depuis longtemps. Jusqu'à Pressac, on pouvait se dire qu'il y avait des archives cachées, ou inaccessibles, susceptibles de receler un tel document. Mais Pressac nous dit que ces archives (concernant la Bauleitung d'Auschwitz uniquement) sont maintenant complètes et que le patron de ce service, ne croyant apparemment pas qu'elles recelaient des choses explosives, a négligé de les détruire à la fin de la guerre. Bref, il faut bien en convenir, dans la masse documentaire qui devait éclairer toute l'affaire, il n'y a que quelques pièces qui donnent lieu à présomption. Là où logiquement on aurait dû trouver 1000 ou 10.000 documents (puisqu'il n'y avait ni codage, ni destruction, que tout se faisait par ordre), on ne tient que quelques éléments mineurs, dont l'interprétation reste ouverte, qui pourraient témoigner à charge si l'on possédait un contexte qui en ferait ressortir le sens de manière univoque, ou qui peuvent appeler d'autres interprétations qu'un historien normal discuterait avant, le cas échéant, de les écarter. Ce n'est pas le cas de Pressac qui n'ose pas faire état de la possibilité de les interpréter autrement. Car s'il abandonnait ce qu'il affirme être des << débuts de preuves >> (et, par exemple, à France-Inter, il ne proteste que mollement quand le journaliste qui refuse de s'embarrasser, traite ses << débuts de preuves >> comme des preuves bien établies) Pressac serait bien obligé de dire que tout son travail n'a servi à rien. Qu'il a démontré avec rigueur que des fonctionnaires et des ingénieurs ont conçu et planifié, de manière plutôt désordonnée, des installations crématoires, qui n'ont d'ailleurs pas brillé par leur efficacité. Point. Ce que personne n'a évidemment jamais mis en doute. Qu'il a donc passé dix ans de sa vie à enfoncer une porte ouverte, porte dont il a décrit minutieusement le plan, la conception et les étapes de la réalisation. Or le véritable intérêt est justement qu'il n'a rien trouvé d'autre de manifeste, malgré une recherche qui serait, à ce niveau-là, exhaustive.

Car que fait Pressac pour sauver in extremis la thèse officielle ? Il injecte. Le texte essentiel, celui qui est le produit de son travail, est la chronique de la construction des crématoires. Là, il y a des références aux archives. Les notes l'indiquent : elle se suivent, avec des indications abrégées de sources dont il nous donne la clé, p.VIII : ACM, ARO, AEK, etc. Or si l'on reprend les notes, p. 97-109, en négligeant les rares références bibliographiques ou les renseignements factuels (<<Pohl était "Oberzahlmeister"...>>), les séries de renvois à des documents d'archives s'interrompent par des références au Kalendarium ou à Höss. Si l'on se reporte au texte, on voit qu'il s'agit des passages concernant les gazages. Ainsi, p. 34, il lâche ses archives pour parler du << premier gazage >>[2] et dans le même paragraphe, il parle de la crémation, << en une ou deux semaines de travail intensif >> de 550 ou 850 corps, amenant la détérioration d'un four. Il n'existe évidemment aucun lien nécessaire entre le premier fait, adapté du Kalendarium et de Höss, et le second, tiré des archives, sinon une supposition donnée ici malhonnêtement comme un fait. Ensuite, le rigoureux scientifique affirme qu'<< on estime aujourd'hui que très peu de gazages homicides eurent lieu dans ce crématoire, mais qu'ils furent amplifiés parce qu'ils impressionnèrent les témoins directs ou indirects >>. Certes, Pressac écrit comme un cochon. Mais qu'est-ce qu'un << témoin indirect >> ? Qu'est-ce que << amplifier >> un gazage ? Je crois qu'on a là besoin d'un décryptage en règle. Je suppose que cette phrase emberlificotée veut dire à peu près ceci : certes, on a beaucoup parlé des gazages dans le Kréma I, celui du premier camp d'Auschwitz, comme le début du génocide. Seulement, comme il y avait trop d'invraisemblances et d'inventions pointées par les révisionnistes, je décide, moi, Pressac, (<<on estime actuellement >>) de lâcher du terrain (<<on a amplifié >>), en donnant comme explication aux invraisemblances que les témoins ont été << impressionnés >>, même ceux qui n'étaient pas là et sont malgré tout considérés comme des témoins mais << indirects >>. Aucune source, aucun document qui justifierait cette reculade. Pressac se rend bien compte que le récit canonique ne tient pas, mais pour le sauver il faut faire des concessions, sans pouvoir les justifier non plus. << On estime... >>, passez muscade. La suite est de la même eau. << Comme - dit Pressac (p. 35) - un gazage imposait d'isoler totalement la zone du crématoire [aucun témoin n'a jamais dit ça, mais ceci résulte des critiques révisionnistes], et qu'il était impraticable lorsque des travaux étaient en cours [idem], il sera décidé fin avril de transférer ce genre d'activité à Birkenau >>. Décision dont on ignore qui l'a prise puisque c'est une pure invention de Pressac, pour retomber sur ses pieds et se remettre dans le cours de l'histoire officielle.

L'amusant paradoxe de tout ceci est que l'histoire officielle que respecte Pressac est uniquement celle des gazages. Pour le reste, il piétine les dogmes allégrement. La fameuse "Conférence de Wannsee", dont une pléïade d'auteurs acharnés font le lieu et le moment de la décision de l'extermination, est balayée en six lignes (toujours p. 35). Pressac fait comme les révisionnistes : il lit le texte, qui parle d'évacuer les juifs vers l'Est et nullement de liquidation industrielle. Il confirme par le fait qu'aucune instruction particulière n'est arrivée à la Bauleitung à la suite de cette conférence de haut niveau. Le brouillard qui entoure la décision du génocide s'épaissit d'autant. J'aimerais voir la tête de certains soi-disant spécialistes en train de lire ces six lignes !

On arrive, p. 39, aux fermettes de Birkenau qui auraient été ensuite les lieux de l'extermination.[3] Là, on a un nouveau passage injecté dans le récit fondé sur les archives, passage dont la source est le Kalendarium. Je passe sur la p. 41 où Himmler informe Höss << du choix de son camp comme centre d'anéantissement massif des juifs >>. Pressac nous dit lui-même que le récit de Höss contient des invraisemblances énormes et qu'il n'est pas fiable du tout (note 132). C'est une branche pourrie, mais c'est la seule à laquelle puisse s'accrocher Pressac dans un domaine où il n'a fait aucune recherche, celui de la politique. Les archives existent mais comme elles ne sont pas techniques, Pressac n'y touche pas. C'est le blot des historiens et ça dépasse notre pharmacien. En même temps, il faut bien que l'activité vastement homicide de ces petits fonctionnaires ait été décidée. Va pour Himmler, et va pour le récit de Höss puisque la bise étant venue, Pressac se trouve fort dépourvu.

Lorsqu'il mentionne le travail du Sonderkommando, << retirer les morts des chambres à gaz >> (p.43), la source (note 141) est à nouveau le Kalendarium. Troisième injection.

Ensuite, p. 47, Pressac dit que de grosses quantités de Zyklon-B ont été jugées nécessaires pour lutter contre l'épidémie de typhus qui faisait rage dans le camp, qu'elles ont été demandées en haut lieu au titre d'une << action spéciale >> qui consiste manifestement à désinfester des bâtiments (un SS a même été intoxiqué, voir page précédente) et, plus bas, dans la même page, que les fonctionnaires de la Bauleitung ont envisagé la construction d'un nouveau crématoire << en raison de la situation créée par les "actions spéciales" >>, ce qui désigne manifestement les mesures prises pour essayer d'enrayer l'épidémie. Comment il peut tirer de cette indication une prétendue confirmation qu'Auschwitz aurait été choisi << comme site d'anéantissement massif des Juifs >>, est un mystère intellectuel profond. Voilà une administration qui se démène pour enrayer une épidémie qui aurait fait 20 000 morts (chiffre donné par Pressac au Nouvel Observateur, p. 94), qui sait que le camp va sans doute connaître une nouvelle extension - pour recevoir des dizaines de milliers de déportés de l'Est, considérés comme particulièrement << pouilleux >> -, et qui essaie de se doter des armes pour lutter : des tonnes de Zyklon-B et des crématoires. (Rappelons qu'à Bergen-Belsen, les Anglais ont été incapable de juguler l'épidémie qui sévissait à leur arrivée). Et Pressac y va alors de sa petite supposition personnelle, qui n'a de sens que s'il cherche à se conformer à un modèle explicatif qui lui est donné d'avance : << Cette installation d'incinération stupéfiante [mais pourtant en rapport étroit avec la situation] ne pouvait qu'être remarquée par les fonctionnaires SS de Berlin [évidemment, puisqu'ils autorisaient les dépenses] et associée ultérieurement par eux à la "solution finale" du problème juif. >> (p. 47) Affirmation qui ne repose sur aucune documentation tirée de ces fameuses archives.

Toujours désireux de protéger sa ligne de flottaison, Pressac croit que le thème de ces << actions spéciales >> (qui recouvre tout et n'importe quoi dans le jargon militaro-administratif de l'époque) a été utilisé pour obtenir de Berlin l'autorisation de construire le crématoire III qu'il détermine, lui, à << vocation sanitaire >>. En utilisant le terme, les rusés SS d'Auschwitz auraient fait croire à Berlin que leurs besoins de crématoires étaient liés à l'extermination des juifs, alors qu'il se serait agi des besoins normaux du camp. Ce n'est pas Saint-Cyr mais Saumur qu'aurait dû faire Pressac car il a manifestement des dispositions pour la haute voltige.

Je n'insisterai pas non plus sur les incinérations à l'air libre qui donnent l'occasion à Pressac de critiquer sévèrement le récit de Höss (p. 58), sinon pour dire qu'il invente le chiffre de 50 000 cadavres, brûlés en 2 mois, fondé sur le calcul des "juifs tués" pendant l'été, dont il ne peut guère tirer l'indication que du Kalendarium qu'il ne cite pas ici. Il ne se penche d'ailleurs pas sur les 100 000 stères de bois (au moins) qui auraient été nécessaires et qui auraient bien dû laisser quelques traces dans les archives. On sait que Pressac a abordé la question d'Auschwitz parce qu'il voulait écrire un roman et y situer quelques scènes. On sait aussi que ce prurit romanesque autour d'Auschwitz en a démangé plus d'un. Cette vocation de romancier remonte de temps à temps à la surface, par exemple p. 65, où notre auteur imagine, purement et simplement, les rapports entre les directeurs et les ingénieurs de la Topf, l'entreprise qui construisait les fours pour les crématoires. Les trois pages suivantes sont encore sans doute détachées du roman que nous ne lirons pas puisque Pressac, pharmacien de banlieue, se glisse dans la peau du terrible SS qui cherche le moyen d'organiser rationnellement les gazages. Les détails ne viennent d'ailleurs pas des archives mais d'un témoignage qu'aime bien Pressac, celui d'un certain Tauber (note 203).

Et quand il s'agit pour lui d'évoquer le premier gazage dans ce qui est donné comme la véritable machine industrielle (le crématoire II), supposé terminé en mars 1943, il a recours, non plus aux archives, mais au Kalendarium et au témoin Tauber (p. 73-4). Le deuxième (p.77) est aussi fondé sur le Kalendarium.

Dois-je continuer ? On a compris la technique de l'injection. Il faut avoir l'oeil rivé sur les notes pour déceler les changements de plan du récit. Tout cela serait un procédé somme toute acceptable si les sources étaient de valeur comparable. Or il y a bien longtemps que les historiens ne touchent à ce Kalendarium qu'avec des pincettes [4]. Pressac lui-même en dit ceci : << Danuta Czech, en retenant sans explication certains témoignages aux dépens d'autres et en privilégiant les témoignages par rapport aux documents, a produit un travail qui prête le flanc aux critiques. Cette orientation historique particulière persiste dans la troisième et nouvelle version du Calendrier... de Czech, publiée actuellement en polonais et n'intégrant pas encore le fond Bauleitung des Archives centrales de Moscou, dépréciant fortement la véracité de cet ouvrage fondamental, établi malheureusement avec une optique un peu trop teintée dans le contexte politique tendu des années 60 >> (note 107, p. 101). Ce que veut dire réellement Pressac, Dieu seul le sait. Mais pour beaucoup de monde, il s'agit d'un ouvrage qui sort en droite ligne du Musée d'Auschwitz, et donc de la mise en oeuvre d'Auschwitz par le stalinisme russo-polonais comme instrument de récupération des sympathies antifascistes en Occident au moment de la guerre froide. On sait assez ce que valent les << témoignages >> qui sont sortis de ces usines idéologiques. Si Pressac faisait confiance à ce genre de source, il serait logique qu'il les emploie. Mais il manifeste la plus grande défiance. Et pourtant son compte-rendu des gazages provient exclusivement de ces sources qu'il juge fortement dépréciées. Ces histoires ont déjà été publiées mille fois. C'est leur faiblesse interne qui a suscité la naissance du révisionnisme, avec Paul Rassinier. En les reprenant telles quelles, ou avec quelques correctifs de nature cosmétique, Pressac exhibe une grande incohérence. C'est ce qu'il convient d'appeler des contes d'apothicaire.

Mais le plus extraordinaire est de faire croire que le livre de Pressac s'affranchirait entièrement des témoignages. Il le dit lui-même aux journalistes avec aplomb. Ils l'avalent parce qu'ils accordent plus de foi au commentaire qu'au texte lui-même. En camouflant dans les notes son recours aux pièces les plus éculées du dossier stalino-polonais, Pressac peut ainsi passer pour celui qui répond aux révisionnistes sur leur terrain, celui des faits vérifiables, si l'on accepte que les lois de la physique d'aujourd'hui s'appliquaient aussi en 1944-45.

Dans le registre des incohérences, je signale que j'ai soigneusement omis de me rapporter aux précédents écrits de Pressac pour les comparer à celui qui vient de paraître. Mais il est clair que d'autres lecteurs seront moins indulgents que moi et pourraient se faire le malin plaisir de relever les variations, volte-face et autres changements de pied qu'une telle lecture amènerait au jour. Elle porterait en tout cas à se demander philosophiquement : what next ? [5]

J'épargnerai aussi au lecteur un aspect crucial de la discussion de fond, portant sur les crématoires et leur capacité réelle en terme de rendement (c'est bien le mot qu'on emploie pour une installation industrielle). Il voit bien, certes, qu'il y a une marge entre les rendements qui sont avancés par les vendeurs de la Topf et la réalité, marquée par les pannes, les défauts de fabrication ou de conception. Mais il ne cherche pas non plus à cerner les chiffres réels. et quand il nous donne une estimation de 1000 crémations par jour pour les Krema II et III, on voit bien qu'il croit facile de prendre les lecteurs pour des gogos. Dans les installations modernes, on ne dépasse pas 4 crémations par jour et par four. Dans le plus grand, le Krema II, avec ces 18 moufles, on peut imaginer de tripler, quadrupler la cadence. On atteindrait 300 corps par jour, sans doute au risque de tout détériorer assez vite. C'est un domaine de la technique dans lequel Pressac s'est soigneusement abstenu de s'aventurer. D'ailleurs, il dit que ces chiffres sont de la propagande mensongère (des SS envers Berlin) mais qu'ils sont valables quand même (p. 80). Dans ce livre, Pressac se garde bien de reproduire les chiffres qu'il avait publiés dans le précédent ouvrage publié aux Klarsfeld Follies, qui décomptaient les approvisionnements en charbon des crématoires. Tant il est difficile de croire que 2 ou 3 kg de charbon suffisent à brûler un corps. S'il avait trouvé à Moscou des factures supplémentaires, qui auraient rendu moins invraisemblables ses estimations, nous en serions certainement informés.

Cette comptabilité macabre reste, dans le corps du texte, anecdotique. Elle ne prend tout son relief que dans l'annexe ndeg. 2, << Le nombre des morts au KL Auschwitz-Birkenau >> (p. 144-8), où Pressac s'en sert comme un lit de Procuste : l'estimation de la capacité d'incinération l'autorise à raboter les chiffres fournis par les << témoignages >> du Kalendarium, à décréter, sans autre procès, qu'il y a moins de convois ou qu'ils auraient été moins peuplés. Comme si, en somme, l'arrivée des convois étaient déterminée par l'état technique des crématoires. C'est évidemment absurde. Il y a dans les calculs d'autres sources d'incohérences que je laisse ici de côté. En ce qui concerne la déportation des juifs de Hongrie, dont Rassinier avait déjà relevé tout ce que les estimations, de source polono-officielle, avaient d'impossible, Pressac rejette les élucubrations de Wellers, nous dit en passant que Yad Vashem, en Israël, possède un fichier de 50 000 juives hongroises réexpédiées d'Auschwitz à Stutthof (arrivées à Auschwitz, non-enregistrées, elles sont normalement considérées comme << gazées >>), et qu'il faudrait encore faire des recherches. En ce qui concerne la déportation des juifs polonais, il parle de << l'aléatoire de cette question, faute de documentation >>.

Mais pour en revenir à la question des juifs de Hongrie, Pressac se met dans des situations intenables. Par exemple, il accepte les récits concernant les fosses d'incinération qui sont pourtant totalement démentis par les photos aériennes prises au dessus d'Auschwitz pendant cette période-là, par les avions alliés. Car il faut bien augmenter la capacité théorique d'incinération si on veut arriver à faire entrer à Auschwitz un total théorique de 438 000 juifs provenant de Hongrie (soit plus de deux fois la population du camp tout entier). Il calcule donc dans l'abstrait (p. 148) que les SS pouvaient anéantir 300 000 personnes en 70 jours. Mais alors se pose la question : où stockait-on ces 300 000 personnes, mortes ou vives, pendant plus de deux mois, le temps d'étaler les incinérations ?

Pressac arrive au chiffre de 630 000 victimes des supposés gazages. Les millions de morts d'Auschwitz ne sont plus des millions. Depuis quelques années, les Polonais ont baissé leurs chiffres. Hilberg a baissé ses chiffres. Bédarida a baissé ses chiffres. Pressac les baisse encore. A vrai dire, comment et pourquoi baisse-t-on des chiffres de ce genre ? Sait-on quelque chose de plus ? Nenni. On tripote les calculs autrement. Pressac, qui est incontestablement un petit rusé mais surtout un grand naïf nous montre comment on fait ces calculs. Comme la plupart des chiffres de départ sont des estimations, on les change. Wellers << chargeait >> les convois polonais à 5000 personnes. Hilberg, ça ne lui plaît pas. Il trouve que 5000 c'est trop. Alors, banco, il dit 2000. Sur 120 convois, ça fait une sacrée différence. Pressac arrive, et ça ne lui plaît pas non plus, non pour des raisons ferroviaires, mais pour des raisons thanatopratiques. Alors il baisse les convois à 1000-1500 (p. 146- 7). Le jour où il se rendra compte que ses estimations des capacités des crématoires sont fantaisistes et que les incinérations en plein air sont visibles d'avion, il devra à nouveau baisser ses prix. Aucun de ces calculateurs ne va chercher dans les archives. Ils font ça au pif. Donc, si les chiffres changent, ce n'est pas pour des motifs d'ordre documentaire, mais à cause de l'air du temps et du pif qui le renifle.

La réception de Pressac

Comme toujours, depuis maintenant quinze ans que cette affaire est apparue sur la scène publique, le plus intéressant, à mon avis, aura été l'attitude de la presse dont le rôle dans la tentative de fabrication de l'opinion publique est déterminant. En effet, sur le fond, il faut, pour se faire une opinion à peu près fondée, un travail personnel de recherche assez considérable, dans la mesure justement où toute la lumière n'a pas encore été faite. Les journalistes et les << experts >> qu'ils font parler sont donc les détenteurs, par rapport au public, d'une parole qui est censée discriminer le vrai du faux, entraînant la division entre le bien et le mal. J'ai fait, dans deux livres, la chronique de cette agitation médiatique et le battage fait autour du livre de Pressac en est le dernier chapitre en date.

Il faut dire que l'opération médiatique a été lancée dans les règles. Pressac, qui a jusqu'à présent opéré dans l'ombre, a été cette fois-ci lancé comme s'il avait été pris en charge par un quelconque Séguéla. L'Express ouvre le feu [6], avec en couverture une photo Depardon et le gros titre << Auschwitz : la vérité >>.[7] Aussitôt le Nouvel Observateur suit, avec un week-end à Auschwitz en compagnie de Pressac [8] et la grosse artillerie des << meilleurs spécialistes >>. Libération y va d'une double page, avec encore photos et documents.[9] Le Monde sort une demi-page sous la plume de L. Greilsamer, qui suit l'affaire Faurisson sur le plan judiciaire depuis longtemps.[10] Ensuite, c'est le déferlement des télévisions et des radios. La Ville-du-Bois, petite commune au sud de Palaiseau, n'a pas connu de telle agitation depuis la Guerre de Cent ans.

<<Un ouvrage qui servira de référence aux historiens du monde entier >>, dit l'Express. Grâce aux archives soviétiques << vient d'être réalisée la première synthèse des connaissances sur l'un des événements majeurs du XXe siècle >> dit encore l'Express. (p. 77). Le commentaire est dû à un certain Conan et un certain Peschanski, créature de Bédarida, chercheur au CNRS.[11] Les distingués commentateurs affirment que la décision et l'exécution du << judéocide >> (terme récent qui n'a pas encore décollé) furent entourées d'un << secret absolu >>, dont il faudrait dire qu'il n'a pas encore été percé. Mais pourquoi les archives sont-elles restées en sommeil ? << Parce qu'un courant important de la mémoire juive refusait toute approche rationnelle de la Solution finale, qualifiée d'événement "indicible" et "impensable" >>. On aimerait évidemment que cette dénonciation soit moins sournoise, qu'elle cite des noms, des textes, mais à l'Express on préfère toujours la prudence. Cette situation idyllique a été perturbée par la << littérature négationniste >> qui s'est mise à relever les erreurs << logiquement nombreuses dans les récits de témoins ou dans les textes soviétiques de l'après-guerre qui firent d'Auschwitz un thème de propagande idéologique >>. Les fins limiers de l'Express n'ont pas relevé que toutes les affirmations de Pressac concernant les chambres à gaz procèdent directement de ces textes soviétiques et polonais mais il ne faut pas trop leur en demander. Mais Pressac en personne aurait découvert que << l'histoire technologique de la Solution finale restait encore à écrire >>. Impossible pour un journaliste bien léché, comme on les aime à l'Express, de reconnaître que la paternité de cette << découverte >> revient au professeur Faurisson. Car on ne peut pas admettre que, dès lors, toute avancée dans ce domaine lui devra quelque chose. [12]

L'ÉTOILE
MYSTÉRIEUSE



Pourquoi le nom de la firme qui construisit les fours s'inscrit-il dans une étoilde de David ? En dessous, Ben Gourion annonçant la création de l'État d'Israël (1948) .

Tintinssac trouvera-t-il la solution ?

[commentaire de l'illustration de la couverture du livre de Pressac]



Travaillant sur les archives en Pologne et en Allemagne (50 000 documents, paraît-il), Pressac << ouvrait >> les pistes, dans son ouvrage publié à New York par la Béate en 89. Ce n'était évidemment pas ce qu'en disaient Pressac et les Klarsfeld qui prétendaient, à l'époque, régler entièrement le problème. Avec les 80 000 documents (paraît-il) des Soviétiques, on en saurait plus. Pourtant, l'ouvrage de 89 en disait beaucoup plus et sur plus de sujets. Si les journalistes avaient fait leur travail, ils devraient dire que le livre de 93 est beaucoup plus circonscrit, et même très en retrait dans ses affirmations, sur celui de 89.

Après avoir expliqué cette découverte stupéfiante, à savoir que l'administration administrait, que le service des construction faisait des plans et demandait des devis et des factures, les exégètes subtils de l'Express affirment que Pressac << a retrouvé les preuves de l'organisation de l'homicide >>. C'est là le tour de passe-passe. Pressac, certes, nage dans l'ambiguïté. Il n'affirme pas positivement qu'il a des << preuves >> mais des traces, ou des indices, qui ont quasiment valeur de preuve. Un journaliste ne peut pas s'embarrasser de trouducuteries de ce genre et Pressac ne proteste pas. C'est pas moi qui le dit, c'est lui. Il peut toujours, face à de vrais critiques, se réfugier dans cette position infantile. Car ces << preuves >> sont des << indications précises >> qui << trahissent les consignes de secret >> (p. 82), secret tellement secret qu'il n'a aucune existence, Pressac lui-même ayant expliqué qu'il n'y a aucun codage des documents.

Dans la liste des indices transmutés en preuves, le plus massivement ridicule n'est pas dans le livre mais est typiquement pressaquien : << Dans une vraie morgue, on utilise des désinfectants (comme à l'époque, l'eau de Javel ou le Crésyl), mais non un produit destiné à tuer les poux >> (Le Nouvel Observateur, p. 84). Le pharmacien d'officine, qui conseille Mme Michu, n'a pas conscience de l'échelle du problème : en pleine épidémie de typhus (et les crématoires ont été décidés en fonction de ce risque très réel), on amène 250 à 300 corps par jour, grouillants de poux porteurs de la maladie.[13] Imagine-t-on de les entasser dans les morgues sans rien faire ? D'envoyer une équipe pour les laver à l'eau de Javel ? Balancer du Crésyl ? Alors que dans toutes les autres installations, baraquement compris, on utilise le Zyklon pour tuer les poux ?

Ces morgues, si elles n'étaient pas traitées auraient été de formidables réservoirs d'infection, des bombes biologiques. Pressac, avec son eau de Javel, est un danger public. On devrait lui retirer sa licence de pharmacien pour avoir osé dire des choses pareilles. Pourquoi cette ânerie ? Parce qu'il faut donner à entendre que les morgues auraient été le seul endroit du camp où l'usage du Zyklon n'aurait pas été normal. Puisque les SS connaissaient l'eau de Javel[14], ils n'avaient pas à désinfester les morgues au Zyklon, au nom d'un décret aussi bouffon que logiquement nécessaire. Car le raisonnement possède un étage supplémentaire mais caché. Si les SS avaient utilisé le Zyklon pour protéger le personnel des crématoires (eux compris) dans les morgues, telles qu'elles avaient été conçues à l'origine, ils n'auraient pas pu s'en servir plus d'une fois. Faute d'aération, le gaz mortel aurait stagné. Il fallait donc ajouter une installation pour aérer les locaux souterrain. C'est justement ce que détaille Pressac. Mais puisqu'il a décidé par avance, et sans le moindre appui dans sa documentation (130.000 documents !), que ces installations sont la preuve d'intentions homicides, il faut écarter toute autre possibilité d'interprétation. D'où l'eau de Javel, pieusement recueillie par les deux compères de l'Express. De l'eau bénite pour les béni-oui-oui.[15]

Les deux plumitifs enterrent sans sourciller la conférence de Wannsee : ils avalent tout Pressac de bonne grâce, comme ils ont avalé les livres qui disaient le contraire 5 ou 10 ans auparavant. Il ne faut pas en attendre autre chose et ils acceptent l'idée que fin mai-début juin 1942 une anonyme << volonté politique >>, d'origine non identifiée, << trouve [par une sorte de rencontre due au hasard] dans les innovations techniques [pourtant très élémentaires, et qui sont, sur le plan technique, une régression, Pressac le dit] mises en oeuvre à Auschwitz (grâce à Prüfer) les moyens d'une extermination industrielle >>. En somme, grâce à ce petit ingénieur, représentant de commerce en fours industriels, intéressé au pourcentage par les ventes qu'il peut faire pour la firme Topf, les hautes instances de l'Allemagne nazie (qui ? Himmler himself ?) se seraient dit : Quelle aubaine ! Vive Prüfer, on va pouvoir tuer les juifs. Sans vouloir faire montre d'un esprit critique exagéré, on peut trouver difficile à croire qu'un << génocide >> se décide dans de telles conditions... Mais pour les historiens de l'Express, cette nouvelle vérité est aussi révélée que l'ancienne et par conséquent l'acte de foi ne coûte rien.

De même, ils entérinent les tripotages de chiffres présentés par Pressac comme des << calculs >>, sans piper. On passe de 5,5 millions de morts à Auschwitz (chiffre soviétique de 1945) à 800 000 sans savoir pourquoi. Conan le Barbare et Peschanski le Civilisé prévoient d'ailleurs qu'on va réviser à la baisse (p. 87) les autres camps et la mortalité dans les ghettos. (Auraient-ils déjà quelques chiffres dans leur manche ?). Mais, dans le fond, tout ça n'a pas beaucoup d'importance, ajoutent-ils en terminant, << la nature de la Solution finale reste inchangée >>. Personnellement, je ne connais que les dogmes pour avoir une nature qui ne change pas. Et encore.

L'Express publie aussi, p. 80, un article de Bédarida, patron du présent ouvrage de Pressac (voir note 11) Le bédarida est une espèce mal connue de calamar. Il nage dans la soupe culturelle et se propulse à grande vitesse vers tous les fauteuils directionnels auquel il adhère par de fortes ventouses. Continuellement sur la défensive, il émet des jets d'encre qui brouillent les problèmes environnants. Auteur d'une opusculette définitive sur << la politique nazie d'extermination >>, il reconnaît courageusement que l'on n'avait pas sur le sujet << toutes les connaissances nécessaires >>. Ayant reconnu en Pressac un mutant (il s'est << mué en historien >>, ce qui prouve en passant que les calamars ne sont pas des historiens), il croit que ce dernier est devenu un << expert incontesté, sinon unique >>. Contesté, il l'est pourtant, et pas seulement par les révisionnistes. Unique, c'est vrai si l'on considère uniquement l'histoire officielle produite par toutes sortes de bédaridas et les effets des lois anti-révisionnistes. Ajouter que Pressac a exercé sur les documents << une impitoyable critique >> provoque chez le lecteur averti une franche rigolade. Trouver << terrifiant >> un travail qui porte sur des plans de construction, des problèmes de ventilation, de surchauffe et autres considérations que tout ingénieur traite quotidiennement dans les travaux publics, me paraît dénoter, chez les calamars, un goût immodéré de l'emphase, ou l'expression d'un voeu secret quand on accole à ce << travail terrifiant >> les mots : << et sans réplique >>. Réplique, il y a ; sale temps pour les calamars.

Comment se fait-il, se demande le ventousé [16], qu'on ne se soit pas penché sur ces questions avant ? Il pourrait dire la vérité : c'est parce qu'on ne savait pas comment répondre au professeur Faurisson, après avoir longtemps dit qu'il ne fallait pas lui répondre. Non, il préfère l'idée qu'on mettait l'accent sur << les acteurs et les victimes >>. Et comment justifier cette date si tardive (quinze ans de retard sur Faurisson) ? C'est l'ouverture des archives de Moscou. Baratin pur : l'effroyable méli-mélo de Pressac qui réglait tout date de 1989, avant l'ouverture des archives russes. Le seul apport de Moscou et des 80 000 documents est l'histoire d'un appareil produit par la firme Siemens pour tuer les poux avec des ondes courtes et qui a, semble-t-il, été essayé à Auschwitz, sur la fin (Pressac, p. 83 et sq.). Ça, on ignorait. Cet appareil doit-il entrer dans la vaste catégories des installations industrielles mythiques, comme les usines à savon juif, les piscines électriques, les chambres à vide ou à vapeur, les plaques chauffantes, les trains à wagons de chaux, etc., qui, objets pourtant de témoignages nombreux, précis et concordants, ont sombré dans un oubli d'où seul l'immense talent d'un Lanzmann saurait un jour les tirer ? Comme cet appareil ne semble pas avoir pu tuer d'êtres humains, il est resté ignoré. Voilà le grand acquis de Moscou, caché pendant 45 ans par le KGB !

J'avais posé, dès 1979, la question du << comment du pourquoi >>. Le calamar, en 1993, est toujours << à la recherche du comment et du pourquoi >>. Ce n'est pas le travail historique qui a avancé, mais le déblaiement des chicanes mises sur son chemin par tous ceux qui ont souhaité l'empêcher. La route n'est toujours pas libre mais il faudra bien qu'un jour elle le soit.

Dans le Nouvel Observateur, le reportage est de Claude Weill. Ce dernier doit avoir des informations secrètes puisqu'il écrit << que l'existence des chambres à gaz et la réalité de la politique d'extermination des juifs ont été surabondamment démontrées. Les preuves sont à la disposition de quiconque sait lire et veut bien ouvrir les yeux. >> Je supplie donc ce M. Weill de bien vouloir m'ouvrir les yeux, de rendre ces preuves publiques, ce qui rendrait les petits travaux nocturnes de Pressac tout à fait inutiles et pourraient ainsi rendre à sa pratique un pharmacien plus concentré sur son travail.

Le journaliste raconte sa petite histoire. Version connue. Il suit Pressac et ses raisonnements techniques. Mais au bout d'un moment il craque. Ces discussions sont odieuses, il demande à Pressac s'il s'en rend compte. Ceux qui refusent le travail scientifique, dit le docte Pécuchet, << ce sont ceux-là qui font le lit de Faurisson >>. Le journaliste est sonné. Accablé, il se dit que l'histoire va occuper le terrain, que le bon temps est fini et que << la Shoah n'échappera pas au regard cruel des historiens >>. Je ne savais pas que les historiens avaient un regard cruel. Cruel pour qui ? Cette phrase en dit très long, me semble-t-il. Mais c'est lui qui est méchant : il reprend les chiffres donnés de différents côtés concernant les morts d'Auschwitz et les qualifie crûment de << bobards >>. Le pape, Willi Brand et combien d'autres sont allés s'incliner devant des plaques où étaient inscrits des << bobards >>. Vu les méthodes d'établissement de ces chiffres officiels, on ne voit pas pourquoi ceux que fournit Pressac ne seraient pas rangés demain dans la catégorie des << bobards >> aussi.

Sur la fin d'ailleurs, le journaliste exprime quelque méfiance. Il trouve que certaines conclusions sont << rapides >>, que l'élimination de la conférence de Wannsee procède d'un raisonnement qui << n'est pas totalement convaincant >>, que sur le décompte des victimes << Pressac s'avance un peu imprudemment >>, qu'il ne << clôt pas le débat >>. En somme, à l'Observateur, on n'est qu'à moitié bédarisé.

Mais on se couvre. On donne la parole aux Grands Maîtres de la Vérité Officielle, en commençant par Pierre Vidal-Naquet, l'inventeur de Pressac. Comme d'habitude il montre aussitôt qu'il ne sait pas lire : il croit que les << précisions >> apportées par Pressac quant à la date des << premiers gazages >> sont tirées des archives soviétiques. C'est évidemment faux [17] : elles procèdent d'un raisonnement purement pressaquien que le Doctissime me permettra de lui expliquer. Pressac voit dans les archives que les bâtiments ne sont pas terminés à la date conventionnelle (objet de mémoire). Il attend donc la date de la fin des travaux dans le crématoire et se reporte alors au Kalendarium (autre objet de mémoire) pour << préciser >> qui, ce jour-là, est donné par cet ouvrage (douteux au dire de Pressac) comme ayant été gazé. Les archives de Moscou n'en disent évidemment pas un mot. Quant aux calculs de Pressac, Son Éminence les juge un peu rapides, on y postule beaucoup, c'est << pas aussi simple >>, << sans doute >>... Le Chevalier de la Légion d'Honneur préfère les chiffres de Hilberg qui seraient du genre << assez solide >>. Notre Héros grec se ramollit sérieusement. Il tergiverse plus qu'à l'accoutumée. Il doit commencer à se demander s'il a bien fait de lancer Pressac qui est allé se satelliser ailleurs et qui risque de retomber avec fracas.

Ensuite, c'est le tour de Hilberg. Il a appris une certaine prudence, le prof de Sciences Po [18], depuis qu'il a été retourné sur le gril au premier procès Zündel à Toronto, en 1988. Il rétice, le Raul. Il râle que Pressac n'est pas vraiment historien, qu'il ne donne pas << le dernier mot sur le sujet >>. Il gémit que << d'importantes recherches sont encore nécessaires >>, qu'il << faut étudier davantage les sources allemandes >>, qu'il y a encore << du pain sur la planche >>. A ce demander ce qu'il a foutu, le Raul, depuis 1948 qu'il s'y est collé. Il a dû fainéanter, pour laisser tout ça aux autres. Peut-être qu'il est généreux, qu'il pignoche seulement pour que les autres en aient aussi, du pain sur la planche. Mais il dit une chose bien embêtante : déjà qu'on n'avait pas trouvé l'ordre de Hitler, voilà qu'on ne trouve pas non plus l'ordre de Himmler. Höss et Himmler se sont même pas vus << pendant la période concernée >>. Alors quoi ? C'est Höss qu'aurait tout décidé tout seul ? Ou alors, il était pas au courant non plus ? On n'a pas d'ordre de Höss à ses sous-fifres. Cette histoire n'est pas claire. Il faudrait demander à Vidal-Naquet. Des trucs comme ça, le Doctissime doit savoir.

Mais le petit chef d'oeuvre, comme toujours, appartient à Lanzmann. C'est la brute fondamentaliste, hébétée, totalement inaccessible au moindre raisonnement, mais intuitif comme une bête. Abandonner toute référence aux documents (ou presque), pour faire son film, c'était une intuition formidable. Les documents, il les connaît, il ne sait pas ce qu'ils veulent dire, mais il en a une mémoire photographique et il dit à juste titre que tout ce que produit Pressac est déjà connu. Il défend son bifteck de vidéaste en termes presque céliniens : de l'émotion, rien d'autre (<<je préfère les larmes du coiffeur de Treblinka au document Pressac sur les détecteurs de gaz >>). Lanzmann est un moderne, tout en dessous de la ceinture ; chialer pour ne pas penser, agiter le macabre : avec les pressaqueries, << on expulse l'émotion, la souffrance, la mort >>. Il piétine furieusement Vidal-Naquet, qui vient pourtant régulièrement, depuis des années, lui lécher les bottes : << Le triste est qu'un historien, menacé sans doute dans son statut ontologique par la véracité, la force, l'évidence des témoignages, n'hésite pas à cautionner cette perversité. Un historien abdique devant un pharmacien... >> Il y a un drame sado-maso entre ces deux hommes mais je ne sais pas si c'est une pure question de << statut ontologique >>.

Lanzmann a reniflé Pressac. Il comprend beaucoup mieux que la tourbe universitaire et journalistique qui se jette sur Pressac dans l'espoir d'en finir avec le révisionnisme, que << Faurisson est le seul interlocuteur qui compte aux yeux de ce converti. Il doit, pour être entendu de lui, parler son langage, faire sienne sa démarche, épouser sa problématique, exhiber la preuve cruciale, l'ultima ratio qui convaincra son ancien maître [...] Même pour les réfuter, on légitime ainsi les arguments des révisionnistes qui deviennent ce par rapport à quoi, à qui, tous se situent. Les révisionnistes occupent tout le terrain. >>

Le pauvre homme a bien raison, il doit bien se sentir seul, avec ses bobines inutiles. Il avait dû retarder et réformer complètement son film à cause de la question posée par Faurisson. Ce ne sont pas les révisionnistes, partout persécutés, qui occupent le terrain, ce sont les débris de l'implosion de la croyance dont Lanzmann, sur le tard, s'est fait le chantre professionnel, le kantor. Ce n'est pas la question de Faurisson qui, à elle seule, a provoqué cette implosion. C'est le Temps qui détruit les mythes : fugit irreparabile tempus. Parce que les temps modernes ont besoin de mythes modernes. Lanzmann est en voie de minéralisation. Il ne restera bientôt plus de lui qu'un vague menhir, incompris, battu par les vents. Devenu enfin vieux, Jack Lang déposera à son pied quelques fleurs des champs, chaque année...

Sur l'article de Libération, il n'y a pas grand chose à dire. Philippe Rochette, qui le signe, ne se mouille pas. Il préfère la petite phrase de Vidal-Naquet en 1979 : les faits ont été techniquement possibles puisqu'ils ont eu lieu. Pourtant, l'auteur de cette phrase s'en est bien mordu les doigts[19]. Rochette avale très bien la part romanesque du livre de Pressac : les techniciens, les contremaîtres des boites privées qui ont participé à l'édification des crématoires << ont vu >>. Cet emploi intransitif du verbe << voir >> mériterait une ou deux pages d'explication de texte. << Ils ont vu >>, tout est dit dans ces trois mots, l'histoire toute entière et sa réfutation. mais de la part de Pressac on verra qu'il s'agit de pure spéculation. Rien, dans ses documents, n'indique qu'ils << aient vu >> quoi que ce soit de ce que laisse supposer cette formule lapidaire. Dans l'interview qu'il a donné à Rochette, Pressac donne moins de coups de pieds sous la table et dit calmement : << J'ai été un proche de Faurisson qui m'a assez bien formé à la critique négationniste à la fin des années 70 >>. Et plus loin il reprend l'un des arguments de son livre, assez rigolo celui-ci : les seuls membres de la Bauleitung qui aient été jugés, Dejaco et Ertl en Autriche en 1972, ont été acquittés parce que les Autrichiens ne savent pas lire un plan ou un descriptif technique. Le tribunal avait pourtant eu des documents venant des archives de Moscou. Ces Autrichiens sont donc des crétins qui attendaient, sans le savoir, la lumière venant de la pharmacie de la Ville-du-Bois. A ce sujet, d'ailleurs, Pressac ne semble pas s'être posé la question du procès de Prüfer, l'ingénieur de la Topf qui concevait les crématoires, en avril 1948, devant un tribunal soviétique. Les archives soviétiques doivent bien contenir les comptes-rendus d'interrogatoires. Les Soviétiques de l'époque, sans doute aussi idiots que les Autrichiens de 1972, n'ont pas jugé que cet homme était le principal moteur de l'extermination, comme Pressac le donne à penser. Alors, à qui le tour d'aller chercher dans les archives de Moscou ?

J'ai gardé pour le dessert l'article du Monde. Son auteur, Laurent Greilsamer, suit depuis longtemps la saga judiciaire du professeur Faurisson envers qui il a toujours témoigné de la même constante hargne. C'est pourquoi, dans l'immense chapitre des retournements de vestes, il est intéressant de noter qu'il porte au crédit de Pressac exactement tout ce qu'il portait au débit de Faurisson, d'être un chercheur amateur, d'avoir commencé par étudier l'arme du crime, d'être un pionnier, curieux de tout, qui a délibérément tourné le dos aux témoignages des survivants, qui s'est intéressé aux ruines et aux documents. << Élémentaire >>, dit-il. Cet << élémentaire >> pèse quelques tonnes de papiers judiciaires ! Et les conclusions de Pressac (accrochons-nous aux branches) << révisent, au sens noble du terme, ce que la communauté des historiens croyait acquis >>. Que cette révision au sens noble est bellement trouvée ! Pas de camouflage, pas de langage codé, tout le monde était au courant, on nage dans la transparence. Mais alors, s'angoisse le plumitartuffe, pourquoi n'en n'a-t-on pas parlé plus tôt ? << Crainte de provoquer un scandale >>. Pressac ajoute : << Parce que les gens n'étaient pas mûrs. Le sujet était trop sensible et le mur de Berlin n'était pas tombé. N'oubliez pas que l'histoire d'Auschwitz a été écrite en Pologne par les communistes et que même en France, la loi Gayssot interdit de s'exprimer librement >>. Il fallait donc administrer les révisions << à doses homéopathiques >>. On a vu que le docteur Pressac est d'ailleurs passé à la technique inverse : un bonne dose de révision, coupée d'injections intraveineuses de Kalendarium Polonorum comme sédatif de la douleur mémorielle due à l'amputation des adhérences illusoires. Le journaliste n'est d'ailleurs pas en état de veille suffisant pour se poser la question de savoir ce qu'écrirait Pressac s'il n'y avait pas la loi Gayssot, justement.

Mais Pressac, ça le regonfle de parler au Monde. Comme la soupe, il ne la mange pas, il peut cracher dedans : << Les chercheurs se sont tus pour conserver leurs précieux fauteuils [pan sur le calamar !]. Il y a eu une couardise universitaire et les révisionnistes en ont profité pour nier. Personnellement, j'ai fait un travail de base. N'importe qui, avec du bon sens, pouvait le faire. >> J'adore.

Il est plus prudent avec les faux-témoins : << Il ne faut pas dire que les gens mentent. Il faut prendre en compte un coefficient personnel d'émotion >>. Là, c'est lui qui donne dans la tartuferie. Il sait parfaitement qu'il y a des mensonges délibérés, organisés, rentables, qui n'ont rien à voir avec des << coefficients d'émotion >>, lesquels peuvent exister aussi, bien sûr, comme dans tout témoignage de quelque nature qu'il soit.

C'est Lanzmann qui a raison. Sans Faurisson, il n'y aurait pas de Pressac. Pressac, c'est 90 % de Faurisson, avec quelques injections vidalo-naquetiennes facilement identifiables. Et toute la presse emboîte le pas. On peut se demander où se situe la plus grande hypocrisie : chez Pressac, qui scie à moitié, dans les notes sur Höss et sur le Kalendarium, la branche sur laquelle il se trouve, ou chez les journalistes qui acceptent avec joie et reconnaissance de Pressac tout ce qu'ils rejetaient quand c'était Faurisson qui le leur exposait ?

Il existe peut-être une voie pour s'en sortir. Elle est indiquée par une remarque de Bédarida (dans l'Express). Il dit que Pressac a s'abord subi l'attirance de la démarche révisionniste mais qu'il a refusé de suivre cette petite bande (il oublie de la qualifier d'abjecte, comme le délicat Doctissime) << sur le chemin du négationnisme >>. L'infortuné Umberto Eco, lui, s'est fait capturé par un serre-file de la brigade idéologique du Monde, Roger-Pol Droit et il explique que le révisionnisme, c'est bien, c'est naturel, on peut discuter calmement sur des documents, mais il ne faut pas tomber dans le négationnisme qui consiste à nier qu'on ait jamais fait de mal aux juifs pendant la deuxième guerre mondiale.

Ne serait-on pas en train de tracer une sorte de ligne entre le révisionnisme, qui serait bel et bon, illustré par Pressac et toute la bande des pousse-Pressac, qui sont bien obligés de s'approprier la démarche révisionniste, tout simplement parce qu'elle est la démarche normale du travail historique, et le négationnisme (terme inventé pour l'occasion), où l'on mettrait le dernier carré du tabou, la chambre à gaz, agrémenté d'autres phantasmes (la négation des camps de concentration, des convois, des chemins de fer, etc.) de telle sorte que le révisionnisme, enfin reconnu, ayant droit de cité, démontrerait pressaquement (par les << bavures >>) l'existence des chambres à gaz et perdrait son caractère démoniaque. Les chiffres pourraient encore baisser beaucoup sans attenter à la nature de la Shoah. Les faurissoniens auraient perdu l'usage de leurs armes rationnelles, saisies par leurs adversaires, et seraient rejetés dans le néant de la loi Gayssot. Transmutés à 90 %, les calamars, rhabillés comme des sous neufs, pourraient alors continuer à justifier leurs prébendes à guigner l'Académie ou le Panthéon. [20]


NOTES


1.) Jean-Claude Pressac, Les Crématoires d'Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse, Paris, 1993, CNRS Éditions, VIII-155 p.

2.) <<De nos jours [...] durée anormale de ce gazage>>

3.) <<Courant mai [...] sans plus de précision>>

4.) Danuta Czech, Kalendarium des Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau 1939-1945, Rowohlt, 1989.

5.) Qu'est-ce que ce sera la prochaine fois ?

6.) 23-29 septembre 1993, onze pages de texte et de photos.

7.) Classique traduction orwellienne : <<le mensonge>>.

8.) 30 sept.- 6 oct., huit pages consacrées à ce voyage, qui fait irrésistiblement penser à ces croisières en Méditerranée guidées par tel archéologue de renom. L'image est d'ailleurs présente : <<Pressac galope à travers les ruines comme un archéologue anglais sur le site d'Ephèse>> (p. 92). L'image est intéressante ; les Anglais sont effectivement les premiers à avoir fouillé à Ephèse, en 1863. On est donc dans un contexte qui évoque le XIXe siècle, les débuts de l'archéologie scientifique, la découverte ou la redécouvertes des grandes civilisations du passé. Pressac, mué en gentleman excentrique des romans de Jules Verne, va nous dévoiler un monde inconnu. Tout ce que nous savions jusque là est frappé d'invalidité par le "galop" triomphal du découvreur, dévoilant le passé, qui touche presque au démiurge.

9.) 24 septembre 1993, p. 28-29.

10.) 26-27 septembre 1993, p. 7.

11.) Le livre est publié sous la houlette de Bédarida aux Presses du CNRS. On connaît le principe cardinal du monde de la critique littéraire parisienne : <<On n'est jamais si bien servi que par soi-même - mais faut pas que ça se voie>>.

12.) Il est urgent de tordre le cou aux principes élémentaires de l'histoire des idées tels que la Sorbonne les enseigne. On voit où en est l'honnêteté intellectuelle de la piétaille bédaridienne.

13.) Indication venant des registres de décès d'Auschwitz, pour les périodes d'épidémies, cf. Pressac, p. 145 de son livre.

14.) Où sont, dans les 130 000 documents, les factures pour l'eau de Javel ?

15.) On connaît les célèbres chambres à poudre du Dr. Kahn. Voici maintenant l'eau de Javel anti-poux garantie par la faculté de pharmacie...

16.) Actuellement dans le fauteuil de Secrétaire général du Comité international des Sciences historiques.

17.) Et comme chacun sait depuis un impérissable article de Vidal-Naquet publié dans Esprit en 1980, quand on écrit quelque chose de faux, on est un faussaire.

18.) La presse le qualifie pourtant d'historien, mais ce n'est pas son métier. C'est lui aussi un <<amateur>>.

19.) Par exemple, dans la revue L'Histoire, de juin 1992 : à propos de cette fameuse phrase, <<nous avions assurément tort, au moins dans la forme, même si le fond de notre interrogation était juste.>> (p. 51).

20.) Je ne sais pas si ce compte-rendu critique tombe sous le coup de la loi Fabius-Gayssot mais il est clair que le livre de Pressac l'enfreint sérieusement. Et donc tous les comptes-rendus aussi. En cas de poursuite, il devrait y avoir beaucoup de beau linge dans le box des accusés.



"Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal; nous avons pris leur pays. [...] Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-ils accepter cela ?"

- David Ben-Gourion, premier ministre israélien, cité par Nahum Goldmann dans "Le Paradoxe Juif", page 121.


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